Mawda : une commission d’enquête pour faire toute la lumière

Rédaction en ligne – 13 février 2021

Dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mai 2018, sur une autoroute à proximité de Mons, Mawda, une petite fille de 2 ans, a été tuée, touchée à la tête par le tir d’un policier. Malgré le jugement du tribunal, de nombreuses questions restent en suspens. En effet, seuls le policier et le chauffeur de la camionnette ont été jugés, et toute la responsabilité a été injustement remise sur ce dernier. Or, cette affaire lève aussi le voile sur d’importants problèmes au sein de l’État, en particulier au sein de la hiérarchie de la police, de la justice, du parquet mais aussi de hauts responsables politiques. Le PTB dépose une demande de commission d’enquête au Parlement fédéral afin de faire toute la lumière sur cette affaire et d’en tirer les leçons nécessaires. « La vérité et la justice, c’est aussi ce que nous devons à la famille de la petite Mawda Shawri », ajoute Nabil Boukili, député fédéral PTB.

Au procès qui vient de se finir, il n’y avait que le policier et les conducteurs de la camionnette. Les vrais responsables n’étaient pas présents. Le PTB veut faire la lumière sur le déroulement de l’enquête et s’interroge sur le rôle de la hiérarchie jusqu’au sommet de l’État. Alors qu’il y avait de nombreux agents témoins et que tout indiquait que Mawda était morte d’un tir policier, le parquet a communiqué pendant une semaine que Mawda n’était pas morte d’une balle tirée par un policier. Les magistrats ont notamment insinué que Mawda aurait été tuée par les migrants, qu’ils l’auraient laissé tomber par la fenêtre ou qu’ils auraient cassé la vitre avec sa tête.

Le parquet, au moment où il a été averti, a décidé de ne pas saisir le Comité P, l’organe censé enquêter sur la police, malgré la demande d’un policier. Le médecin légiste n’a pas examiné le corps lui-même avant que la fausse cause de la mort ne soit communiquée. Les policiers présents n’ont pas été entendus au début de l’enquête, ni par le Comité P par la suite. Et les migrants arrêtés, qui étaient pourtant témoins et même accusés, ont reçu un ordre de quitter le territoire le jour même du drame.

Les problèmes ont continué dans la suite de l’enquête. Les policiers ont été réunis à plusieurs reprises pour des « débriefings » sur les événements, alors qu’ils sont des témoins directs ou qu’ils sont impliqués d’une autre manière, et qu’ils n’ont pas encore été interrogés. La conclusion que la gestion policière avait été « excellente » a ensuite été largement diffusée au sein de la police.

Un agent a évoqué des « pressions ». Le projet de rapport d’enquête du Comité P a été envoyé au commissaire général « pour qu’il donne son point de vue », avant l’envoi aux parlementaires. Le Comité P n’a pas interrogé directement les policiers, pas confronté les différentes versions, malgré des contradictions avec celles des urgentistes par exemple. En fait, le Comité P ne s’est jamais penché sur les nombreuses autres contradictions du dossier. Et c’est le même parquet qui s’était livré à de fausses déclarations qui a été chargé du procès Mawda.

Ainsi, Nabil Boukili, député fédéral PTB, dépose une demande de commission d’enquête : « Le procès a révélé d’importantes contradictions entre la réalité et les déclarations officielles, et ce pendant plusieurs mois, déclare-t-il. Cela indique qu’il y a eu des tentatives de cacher la vérité. Au-delà des accusés du procès, il y a des responsables, parfois haut placés, qui doivent maintenant répondre de leurs actes. Pourquoi le parquet a-t-il diffusé à plusieurs reprises l’idée que Mawda aurait été tuée par des migrants ? Pourquoi a-t-il ignoré les preuves et pourquoi n’a-t-il pas directement saisi le Comité P ? Pourquoi le Comité P n’a pas interrogé les policiers témoins et impliqués ? Autant de questions auxquelles il faut répondre pour aller jusqu’au bout de l’identification des responsabilités, et pour tirer toutes les leçons. Quand l’État de droit dysfonctionne, nous sommes tous concernés. Après les migrants, à qui le tour ? Ceux qui ne savent pas se défendre ? Ceux qui dérangent ? C’est très inquiétant… »

Le PTB pointe également le traitement qu’a subi la famille victime. En effet, les parents et le petit frère ont été mis en joue alors que Mawda gisait sur le parking, inanimée. On leur a interdit d’accompagner leur fillette dans l’ambulance. Ils ont ensuite été enfermés séparément. La mort de leur fille ne leur a été annoncée que bien plus tard, sans traducteur. Moins de 24 heures plus tard, ils ont reçu un ordre de quitter le territoire, sans plus d’information. Et la décision a été prise d’enterrer Mawda dès le lendemain, au carré des indigents.

Nabil Boukili réagit : « Ce que la famille a subi est inhumain. Elle a été traitée comme si elle était coupable, alors que, selon le droit belge, elle aurait dû être considérée comme victime du trafic d’êtres humains. La NV-A et son ministre de l’Intérieur ont rapidement pointé la « responsabilité des parents » dans la mort de leur fille, tout en faisant fuiter leur dossier migratoire, ce qui est illégal. Il y a eu une stratégie d’inversion totale de la situation pour déshumaniser ces victimes. En plus, alors que le gouvernement avait promis de laisser la famille tranquille pendant l’enquête et le procès, ils ont dû rester dans la clandestinité pendant neuf mois, faute de papiers, et le petit frère de quatre ans a dû revivre une arrestation traumatisante. Qui a cautionné tout cela ? »

Le PTB plaide également pour que la politique migratoire belge soit examinée. « Nous posons aussi la question de l’origine du drame lui-même, ajoute le député de gaucheIl y a une forte pression sur les policiers pour faire du chiffre, sans suffisamment de formation ou de moyens, et afin de capturer des migrants. C’est absurde. Et les policiers eux-mêmes ont déjà lancé des préavis de grève pour dénoncer les opérations de ce type. L’enquête a montré qu’il ne s’agit nullement de s’attaquer à la tête des mafias de passeurs. D’ailleurs la camionnette qui transportait Mawda était balisée par la police française qui tentait de remonter une filière. La police belge était au courant mais n’a pas pensé qu’il serait peut-être contre-productif de la poursuivre. Va-t-on continuer à dépenser de tels moyens pour chasser des gens qui fuient la guerre, qui n’arrivent pas à obtenir l’asile à cause d’une politique migratoire basée sur la répression, et qui sont victimes des mafias de passeurs ? Est-ce ça la priorité ? Quel est le vrai bilan de cette politique migratoire au niveau humain et au niveau du respect du droit international ? Qu’est-ce qui nous garantit que demain, un tel drame ne se reproduira pas ? »


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