Mawda mérite justice et une toute autre politique envers les migrants

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La petite Mawda est décédée dans la nuit de mercredi à jeudi 18 mai, des suites d’un coup de feu tiré par la police dans une dangereuse course-poursuite. Si les circonstances exactes de sa mort restent floues, beaucoup de voix s’élèvent pour dire qu’il s’agit d’une conséquence tragique de la politique de ‘nettoyage’ du gouvernement. Le Parquet, après avoir menti, fait à présent silence radio. La famille demande justice.

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Le père de la petite Mawda, ouvrier dans la construction et sa femme, femme au foyer, décident en 2015 de quitter l’Irak. « Tout ce que nous voulions, c’était un endroit sûr pour nos enfants. Il n’y avait plus d’avenir en Irak. Cela va mieux un jour puis des bombes tombent le jour suivant. Nous nous sommes rendus en Europe avec notre fils. Nous voulions un endroit sûr pour nos enfants et un bon enseignement afin qu’ils puissent se développer en tant que personne. »

Entre-temps était née la petite Mawda, en Allemagne. « Mawda était une enfant heureuse. Très active et tout le temps en train de rire » explique sa maman. Elle s’amusait tellement. Notre fille ne savait pas encore de quoi notre monde était fait ». Ayant de la famille au Royaume-Uni, la famille décide de quitter l’Allemagne et réussit à arriver à Blackburn, au nord de l’île. Ils sont cependant expulsés quelques mois plus tard et vivent plusieurs semaines dans le camp de réfugiés de la Grande-Synthe en France.

C’est lors de leur nouvelle tentative de rejoindre le Royaume-Uni que se produit le drame. Entassés à 30 dans une camionnette, ils sont pris en chasse par la police. Au terme d’une longue course-poursuite, un coup de feu est tiré et atteint la petite Mawda au visage. La famille réclame que le policier ayant tiré soit arrêté le temps qu’une enquête judiciaire indépendante puisse déterminer si une faute a été commise par le policier. Elle demande aussi qu’une commission d’enquête parlementaire soit ouverte afin de faire toute la lumière sur ce qu’il s’est passé et comment nous avons pu en arriver là.

Justice pour Mawda

Les circonstances exactes dans lesquelles s’est déroulé le drame ne sont pas encore connues, mais la communication contradictoire et contenant plusieurs contre-vérités des autorités judiciaires pose beaucoup de questions. Jeudi, le parquet de Tournai affirme en effet avec conviction que ce n’est pas le tir de policiers qui est à l’origine du décès de Mawda, assurant que le Comité P (la police des polices) avait « très vite clôturé ce dossier en ce qui concerne la responsabilité des policiers ». Le lendemain matin, le Comité P dément cette information, indiquant qu’il n’a été saisi que jeudi soir d’une demande d’enquête. Plus essentiel : l’autopsie pratiquée jeudi soir sur le corps de Mawda a révélé que la fillette était décédée des suites d’un impact de balle reçu à la joue. « Que veut-on cacher ? »,  réagissait immédiatement le porte-parole du PTB Raoul Hedebouw. « Pourquoi le parquet a-t-il menti ? Comment se fait-il que celui-ci ait communiqué durant de longues heures que le décès n’avait rien à voir avec les tirs de la police alors qu’on peut difficilement imaginer qu’ils ne l’aient pas constaté ? ».

Selon la famille qui a pu témoigner lors de la conférence de presse organisée ce lundi 21 mai, l’un des policiers aurait tiré en direction du chauffeur, mais la balle aurait atteint la petite Mawda que sa mère tenait dans ses bras juste derrière. Contrairement à ce qu’il a été dit, la camionnette n’aurait pas représenté de danger pour le policier qui a tiré, ni pour l’un de ses collègues. Une fois la camionnette immobilisée, le père de Mawda a immédiatement été menotté et mis dans un fourgon de la police, suivi un peu plus tard par sa mère. Ni l’un ni l’autre n’ont pu accompagner leur fille dans l’ambulance. Ce n’est que 24 heures plus tard qu’ils apprendront la mort de leur fille.

La version de la famille ne correspond donc pas du tout à celle donnée par le parquet. C’est pourquoi Olivier Stein, l’avocat qui défend à présent la famille, attend rapidement les résultats de l’enquête et demande entre-temps que le policier qui a tiré soit arrêté le temps de celle-ci.

Une conséquence de la politique de ‘nettoyage’

« Si ce genre d’incident prouve une chose, c’est que nous devons sévir beaucoup plus fort contre les passeurs » a réagi le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon. « Nous devons mettre fin à ce business. Maintenant plus que jamais. », a-t-il encore ajouté. À propos des policiers, il déclare :« ils ont fait leur travail et doivent toujours les jours faire face aux passeurs. »

La politique répressive du gouvernement envers les migrants est cependant au moins tout autant dirigée contre les passeurs que contre les migrants eux-mêmes. Il s’agit d’une politique de ‘nettoyage’ comme Jambon et Francken la définissent eux-mêmes. Les migrants sont traqués, arrêtés, enfermés et enfin expulsés. « 14 personnes arrêtées ce matin dans le parc Maximilien et à la gare du Nord, dont 3 mineurs d’âges. Presque plus personne dans le parc selon la police. #nettoyage » postait Francken en septembre dernier sur sa page Facebook. « Nous devons faire en sorte que la gare [de Bruxelles-Nord, ndlr] redevienne propre, affirmait Theo Francken encore début mai. Nous devons oser agir de manière très répressive envers ces personnes ». La petite Mawda n’est d’ailleurs pas la première victime de cette politique de ‘nettoyage’. « Trois personnes sont déjà mortes sur les autoroutes belges », affirme Mehdi Kassou de la plateforme d’hébergement citoyenne du parc Maximilien. « Nous voulons que le gouvernement réfléchisse à l’ouverture de voies légales pour demander l’asile en Belgique depuis un pays étranger. Sinon, cela pousse les gens dans l’illégalité. »

Selon un témoignage recueilli dans La Meuse, une partie des policiers eux-mêmes n’en peuvent plus. « Ces gens sont aussi victimes de la politique menée par ce gouvernement. Au niveau migratoire, mais aussi au niveau des carences en personnel. Les policiers de la route sont surchargés de travail et épuisés. Ils n’ont pas le temps de récupérer. »

À un tel point que des policiers donnent régulièrement des informations à la plateforme d’hébergement citoyenne du parc Maximilien afin qu’elle puisse prévenir les migrants lorsqu’une opération de police est programmée ou mobiliser les citoyens.

Ouvrir des voies d’asile sûres et légales

L’histoire de la famille de Mawda illustre l’impasse dans laquelle nous mène la politique migratoire du gouvernement et de l’Union européenne. Des gens fuyant un pays devenu l’un des plus dangereux au monde depuis l’intervention militaire occidentale en 2003 se retrouvent face à une Europe qui ferme de plus en plus ses frontières. La seule manière pour entrer en Europe est alors de faire appel à des passeurs. Une fois en Europe, ils se retrouvent pris au piège du règlement Dublin, qui les oblige à rester là où ils ont été identifiés une première fois. Or, la famille de la petite Mawda souhaite retrouver une partie de sa famille au Royaume-Uni. Une fois de plus, elle se voit obligée de faire appel à des passeurs pour s’y rendre.

Les passeurs que Jan Jambon accuse d’être responsables de la mort de la petite Mawda sont en réalité le produit de la politique de plus en plus répressive envers les personnes comme la famille de Mawda. Seule l’ouverture de voies sûres et légales en suffisance vers l’Europe pour y demander l’asile permettra de mettre fin à ce genre de drame et aux trafics des passeurs.

Dans l’affaire de la petite Mawda, il est important que les associations et les citoyens restent attentifs, en particulier dans le cadre où le parquet a déjà communiqué plusieurs contre-vérités. « Normalement, la police ne peut tirer que si sa vie ou celle d’un autre citoyen est en danger explique la professeure de criminologie Sofie De Kimpe (VUB). Le parquet de Tournai devra déterminer si l’agent a fait une faute, mais même si c’est le cas, c’est rarement suivi de conséquence. » La pression citoyenne sera sans doute nécessaire pour que cette fois-ci, il y ait des suites. Il est également nécessaire de faire toute la lumière sur la politique répressive de Theo Francken et Jan Jambon.

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