Réfugiés : profiter d’une « bonne crise » ou apporter des solutions ?

Contraste fort hier entre le diner à 145 euros au Cercle de Lorraine où Theo Francken était invité et la conférence alternative organisée par Amitié Sans Frontières et d’autres organisations de terrain dans un café des Marolles. Des associations que Francken accuse de n’avoir aucune solution mais qu’il a cependant toujours refusé de rencontrer.

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Alors que Theo Francken était invité au très select Cercle de Lorraine, Amitié Sans Frontières et d’autres organisations de terrain organisaient une conférence alternative dans un café des Marolles… (Photo Bart Dewaele / ID Agency)

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Auteur : Max Vancauwenberge

Le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration Theo Francken était invité ce mardi 30 janvier au Cercle de Lorraine. Ce cercle se définit lui-même comme étant « un lieu de rencontre et de networking pour, notamment, les dirigeants d’entreprises privées et publiques, les professions libérales et les personnalités du monde académique et politique ». Prix pour assister à cette conférence-dîner et avoir le privilège d’être « entre gens comme il faut » ? 145 euros. Ceux qui s’inquiètent pour leur sécurité sociale n’y étaient donc certainement pas les bienvenus…

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Theo Francken au Cercle de Lorraine le 30 janvier dernier. (Photo Bart Dewaele / ID Agency)

Au même moment, dans le quartier populaire bruxellois des Marolles, situés quelques centaines de mètres plus bas, Amitié Sans Frontières (ASF) organisait une conférence alternative avec les associations de terrain dans un café. Mehdi Kassou de la Plateforme d’hébergement citoyenne du parc Maximilien, Mikael Franssen du Ciré ainsi qu’Alexis Deswaef de la Ligue des droits de l’Homme étaient présents. Pendant que Francken expliquait devant ses riches amis que « les fondamentalistes des droits de l’Homme n’ont aucune proposition sur le fond », les associations de terrain présentaient des solutions à la crise migratoire. Des associations que ni Charles Michel, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon ou Theo Francken n’ont daigné rencontrer jusqu’ici, a rappelé Alexis Deswaef.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement le contraste entre les repas qui étaient servis : salade César, émincés de poulet grillé et copeaux de parmesan en entrée suivi d’un dos de skrei de Norvège rôti sur peau, embeurrée de choux verts et mousseline de pomme de terre en plat pour le Cercle de Lorraine, et croissants gratuits pour Amitié Sans Frontières. L’ambiance y était également bien différente. Au Cercle de Lorraine, c’est un Francken tout sourire, content de lui, qui prend la parole pour défendre sa politique de fermeture de frontières. Au café, Mehdi Kassou a la gorge nouée et les larmes aux yeux lorsqu’il prend la parole. Il se demande encore qui est le réfugié qui vient de perdre la vie en traversant l’autoroute pour échapper à la police.

Ne jamais gaspiller « une bonne crise »

« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise », concluait Theo Francken au Cercle de Lorraine, sous une salve d’applaudissements de l’establishment. La N-VA profite de la crise des réfugiés pour remettre en cause toute une série de droits démocratiques : renvoi des gens sans vérifier s’ils risquent la torture, possibilité d’expulser des étrangers en séjour valide sans aucune forme de procès, ou encore attaque contre l’inviolabilité du domicile avec le projet de loi portant sur les « visites domiciliaires ». Le secrétaire d’État affirme que la police a besoin de ce projet de loi pour pouvoir entrer dans le domicile de sans-papiers qui ne coopèrent pas. Il ne s’agit pourtant que de 5 % des cas, et ceci n’explique pas pourquoi le projet de loi permet également de perquisitionner chez des citoyens-hébergeurs et de réaliser des fouilles…

La N-VA, avec la complicité du MR de Charles Michel, utilise la crise des réfugiés pour détourner l’attention et la colère de la population. Alors que ce gouvernement veut diminuer le montant de nos pensions, nous faire travailler plus longtemps, a réalisé un saut d’index, créé des mini-jobs finançant de moins en moins la sécurité sociale, fait des cadeaux colossaux aux grandes entreprises, il accuse les 500 migrants du parc Maximilien de menacer la sécurité sociale. Ce qui n’est sans doute pas pour déplaire aux représentants de grandes entreprises présents au cercle de Lorraine.

Les associations proposent des solutions

Mehdi Kassou de la Plateforme citoyenne a expliqué qu’ils avaient déjà demandé à plusieurs reprises d’avoir un dialogue pour trouver des solutions, mais ils n’ont jamais obtenu de réponse. Ce sont près de 3 000 familles qui accueillent aujourd’hui les quelques 500 migrants. « C’est grâce à ces citoyens qu’il n’y a pas de Calais en Belgique, c’est un hold-up lorsque le gouvernement affirme que c’est grâce à lui qu’il n’y a pas de deuxième Calais à Bruxelles », précisait Alexis Deswaef, tout en rappelant que le gouvernement voulait surtout faire peur en invoquant la « jungle de Calais », un camp qui comptait 15 000 migrants ! L’accueil chaleureux offert par ces 3 000 familles depuis plusieurs mois n’a provoqué aucun « appel d’air », rappelait également Mehdi Kassou.

Car des solutions, les associations en ont. Elles demandent que le gouvernement s’attaque plutôt aux causes du problème, comme les guerres auxquelles la Belgique a participé ou a soutenu et qui ont poussé des millions de gens sur les routes. “Ces gens ne sont pas heureux d’être réfugiés” rappelait Riet Dhont, qui expliquait qu’elle avait rencontré beaucoup de réfugiés qui aimeraient rentrer dans leur pays une fois le conflit terminé. Les accords commerciaux inégaux entre le Nord et le Sud furent également invoqués comme une des causes aggravant les inégalités, sans oublier le réchauffement climatique pour lequel les pays européens portent une lourde responsabilité historique. Mais la réponse du gouvernement, c’est de continuer à renforcer les causes des migrations : achat pour 15 milliards de nouveaux avions de chasses, baisse du budget de la coopération au développement, baisse des ambitions en termes de lutte contre le réchauffement climatique,… Tout en faisait de la route de l’Europe la route migratoire la plus meurtrière au monde.

Ensuite, les associations défendent également une solidarité intra-européenne pour répartir les réfugiés en Europe au lieu de demander à des pays comme la Grèce et à présent l’Italie de devoir les accueillir tous. A court terme, la Belgique pourrait permettre aux migrants du parc Maximilien de déposer leur demande d’asile sans les renvoyer en Italie, expliquaient Mehdi Kassou et Alexis Deswaef. Ces réfugiés ne tenteraient pas de rejoindre le Royaume-Uni si on leur offrait la possibilité de demander l’asile en Belgique et si on les informait correctement de leurs droits plutôt que de les intimider dès qu’ils arrivent.

Quant à la sécurité sociale, Mikael Franssen du Ciré expliquait justement qu’il est dans l’intérêt de tous que des solutions soient trouvées afin d’éviter que des gens soient obligés de rester dans l’illégalité. Des travailleurs sans-papiers n’ont aucun moyen de faire respecter leurs droits face au patron rappelait-il, qui peut alors facilement les faire travailler pour des salaires de misère et ainsi tirer l’ensemble des salaires du secteur vers le bas. Sans compter que ces travailleurs sans-papiers pourraient contribuer à la sécurité sociale si leur situation était régularisée…

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