Parc Maximilien : les bénévoles assurent les missions des autorités

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Selon le secrétaire d’État Theo Francken, les 400 migrants qui dorment actuellement près de la gare de Bruxelles-Nord refuseraient tous de demander l’asile en Belgique. L’État n’aurait donc aucun devoir à leur égard et devrait même les expulser. Mais pendant que des mesures répressives sont prises par les autorités, des bénévoles de tout le pays se relaient quotidiennement pour apporter nourriture et chaleur humaine aux migrants. Parmi eux, ceux d’Amitié Sans Frontières, un réseau créé par le PTB.

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La répression policière comme seule politique

Le vendredi 4 août vers 7h30 du matin, alors qu’ils sont en train de servir le petit-déjeuner aux réfugiés devant l’Office des étrangers, les bénévoles d’Amitié Sans Frontières assistent à une nouvelle rafle policière, une opération d’arrestation collective des migrants dans le parc Maximilien. Les affaires personnelles des migrants (sacs de couchage, documents d’identité, téléphones, etc.) ont ensuite été embarquées pour être jetées. « Ce genre de démonstration policière est devenue presque quotidienne dans le parc. A présent la police locale empêche même l’accès au parc en journée pour les migrants, sur simple base du faciès », déplore Loïc Fraiture, responsable d’Amitié Sans Frontières. « Il s’agit clairement d’une stratégie de harcèlement, les autorités espèrent se montrer tellement inhospitalières que les migrants finiront par aller voir ailleurs. En plus d’être inhumaine, cette stratégie e.st inefficace. »

Photo Mehdi Kassou.

Une situation humanitaire alarmante

Mais ce qui inquiète le plus les bénévoles, c’est la situation humanitaire sur place. De 300 à 500 personnes dorment à même le sol, sans toit. Il n’y a qu’un point d’eau et qu’une toilette publique, pas toujours fonctionnels. Certains sont malades, d’autres se blessent et ne sont pas soignés. On compte aussi des femmes enceintes et des mineurs. Comme le jeune Omar, 17 ans, qui s’est tué le mois dernier en tentant de s’accrocher sous un bus vers Calais. Comme Ali, 14 ans, qui vient d’Egypte et qui donne souvent un coup de main aux bénévoles. « Cela fait deux ans que nous distribuons tous les vendredis un petit-déjeuner aux réfugiés. Depuis plusieurs semaines, nous constatons que la situation empire, il y a des dizaines et des dizaines de personnes affamées et qui n’ont rien… On se rapproche dangereusement de la crise humanitaire de 2015 », raconte Loïc Fraiture.

Toujours plus de citoyens solidaires

Et comme en 2015 pendant la crise de l’accueil, ce sont les citoyens qui doivent assumer les missions premières de l’État. Ils s’organisent à travers le pays, via les réseaux sociaux et se relaient tous les jours pour servir des centaines de repas. D’autres parcourent les festivals de musique et lancent des appels aux dons pour récolter des sacs de couchage et des tapis de sol. Comme Philippe Mercernier qui a eu l’idée de proposer aux citoyens d’apposer leurs noms sur les sacs pour pouvoir plus facilement porter plainte lors des prochaines confiscations. Des avocats, comme Vincent Lurquin, ont même décidé de s’unir pour saisir la justice. Ils entendent ainsi contourner le refus de la police d’enregistrer les plaintes des migrants, alors que ceux-ci auraient été victimes de racket de la part de certains policiers.

Les demi-vérités de Francken

Sur VTM, Théo Francken, le secrétaire d’État à l’Asile (N-VA), réagit au cri d’alarme lancé par les bénévoles : « Je ne me soucie pas de ces migrants en transit illégaux. Ils ne veulent pas de la Belgique, et ces gens, je vais les arrêter et les renvoyer dans leur pays s’ils ne veulent pas le faire volontairement. » Pour Loïc Fraiture, « ce discours permet à Francken de justifier la politique répressive et l’absence de prise en main du problème humanitaire. Il est faux de dire qu’aucun d’eux ne voudrait de la Belgique. Tout ce qu’ils veulent, c’est une terre d’accueil. Ils ont fui des pays comme le Soudan, l’Erythrée, le Niger où règnent la guerre, la violence, la misère. D’une part, ils ont entendu qu’en Angleterre il était possible de travailler en paix, et d’autre part, les États européens qu’ils ont traversés se sont tous montrés répressifs. En fait, ils ne savent tout simplement pas qu’ils ont des droits, même en Belgique ». Pour les associations, la méfiance des migrants à l’égard des autorités belges est compréhensible. En fait, le seul contact qu’ils ont avec les institutions, c’est lors des opérations d’arrestation et de confiscation. Les services de l’immigration leur distribue également des tracts avec une photo on ne peut plus explicite : un grand sac en plastique pour encourager le « retour volontaire ». Un autre message dissuasif utilisé par les autorités, c’est la menace de l’application du règlement Dublin : tout demandeur d’asile qui arrive en Belgique serait renvoyé vers le pays d’entrée en Europe, à savoir la Grèce ou l’Italie. Ces pays sont complètement saturés et abandonnés par le reste de l’Europe. Ils ne peuvent en aucun cas constituer une perspective d’avenir dans le chef des migrants qui en ont déjà fait l’expérience pendant leur périple.

Photo Solidaire, Salim Hellalet

Il existe pourtant des solutions humaines et structurelles

Beaucoup de bénévoles, dont ceux d’Amitié Sans Frontières, entendent aussi lutter pour des solutions humaines et structurelles. Loïc Fraiture : « Nous soutenons la demande qui avait été faite par Médecins du Monde, Vluchtelingenwerk et le Ciré, à savoir l’ouverture d’un centre provisoire d’accueil et d’orientation où interviendraient l’État, la Région, mais aussi les associations. Il y a deux ans, cela avait été possible pour les demandeurs d’asile, cela existe également pour les sans-abris. Une telle structure permettrait de répondre aux besoins humains urgents de ces personnes. Mais l’objectif serait aussi d’initier un dialogue au cas par cas. Il faut les informer de leurs droits de manière objective et leur laisser la possibilité de faire un choix à tête reposée. Nous sommes persuadés que beaucoup d’entre eux, vu leur vécu, pourraient en fait tenter l’asile en Belgique. Il faut aussi pouvoir prendre en main les cas spécifiques que sont les mineurs ou les femmes enceintes par exemple, pour lesquels l’État a des obligations internationales. Mais nous voulons aussi que des négociations s’ouvrent enfin avec le Royaume-Uni. Ce pays refuse toute prise de responsabilité depuis des décennies et il profite de la clandestinité d’une importante manne de travailleurs sans droits, tout en les contraignant à risquer leur vie pour passer. » Des manifestations ont déjà eu lieu et ont permis quelque peu de faire bouger les lignes. Les communes soutiennent désormais officiellement l’idée d’ouvrir un centre d’accueil et d’orientation, et des négociations sont ouvertes avec le gouvernement fédéral. Les membres d’Amitié Sans Frontières assurent vouloir continuer à s’organiser et à mettre la pression pour que des solutions justes soient appliquées, comme ils le font depuis plusieurs années maintenant.

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