Pouvons-nous encore être pour une politique d’asile humaine, Madame Rutten ?

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Gwendolyn Rutten fait face à un problème. La présidente de l’Open VLD a découvert que l’opposition à la politique socio-économique, dont son parti est coresponsable, ne fait que s’intensifier. Elle annonce dès lors vouloir se concentrer davantage sur le débat relatif aux réfugiés. Le 18 janvier, elle a inauguré l’Open VLD ‘new look’ dans le cadre d’un débat avec Peter Mertens à l’émission Terzake.

Auteur : Ivo Flachet

Il ne faut pas attendre beaucoup de compassion de la part de Mme Rutten pour les réfugiés qui meurent de froid aux frontières de l’Europe. C’est ce qui résulte du débat avec Peter Mertens dans l’émission Terzake du 18 janvier. Elle a jonglé avec des termes tels que « Traité de Dublin », « Fontex » et « frontières ouvertes » et a reproché à Peter Mertens d’être respectivement contre et pour. Et ne vous y trompez pas. Mme Rutten n’a pas suivi le président des jeunes VLD. Maurits Vande Reyde a encore écrit le 18 décembre dans un article remarquable sur knack.be que « empêcher les gens d’entrer dans un pays est en contradiction avec le principe de liberté le plus élémentaire ». On peut dire ce que l’on veut de cette opinion, mais elle était certainement courageuse.

Mme Rutten a-t-elle écouté le président des Jeunes VLD ? Non, elle a hurlé avec les loups. Le cadre est clair : Rutten n’engrange aucun succès avec sa glorification de l’inégalité. Ni avec sa fervente opposition à la taxe des millionnaires. Elle essaye donc désespérément de reléguer le PTB au rang des défenseurs des « frontières ouvertes ». Comme Rutten refuse de lire notre programme sur ce point, il nous paraît sensé de clarifier une fois encore nous-même le point de vue du PTB.

  1. S’attaquer aux causes au lieu d’attiser la guerre

La majorité des gens fuient les zones de conflit comme la Syrie et l’Irak. Le PTB plaide depuis des années déjà pour la fin du commerce d’armes avec des pays dans lesquels la guerre fait rage. Investissez dans la diplomatie, pas dans les bombes. Asséchez financièrement l’Etat islamique et coupez en priorité les flux d’argent, d’armes et de pétrole.

Mais que fait l’Open VLD ? Entre 2012 et 2014, Guy Verhofstadt, membre du même parti que Rutten, a appelé à plusieurs reprises à la livraison d’armes aux rebelles*. Si on fait la guerre à l’étranger, il ne faut pas craindre que les gens fuient l’enfer de la guerre. Qu’a déjà fait l’Open VLD pour s’assurer que la Belgique stoppe son soutien à l’Arabie Saoudite, le pays qui livre des armes aux terroristes et où l’égalité entre hommes et femmes est inexistante ?

La Belgique assure un quart des exportations européennes d’armes. Les armes sont expédiées vers des pays comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, dont tout le monde sait qu’ils alimentent militairement le conflit. Qu’a déjà fait l’Open VLD contre cela dans le gouvernement ?

Ludo De Brabander de l’ASBL Vrede dit à ce sujet avec raison : « N’oublions pas que les gens fuient nos guerres, nos ingérences militaires, nos armes, nos appétences en matière de pétrole ». Nous avons besoin de mesures structurelles qui mènent à ce que moins de gens doivent prendre la difficile décision de fuir. On ne fuit en effet jamais pour le plaisir.

  1. Pouvons-nous encore être pour une politique d’asile humaine, Madame Rutten ?

Peter Mertens dans l’émission Terzake : « Ce que nous ne pouvons supporter, c’est la situation que nous voyons aujourd’hui. Aujourd’hui, des gens meurent de froid en Grèce ». Cela n’intéresse pas Rutten. Pourtant, Amnesty International a également dénoncé cette situation. « Abandonnés par l’Union européenne, des milliers de réfugiés risquent de mourir de froid » a alerté l’organisation cette semaine. En Grèce et dans les Balkans, des hommes, des femmes et des enfants doivent passer la nuit dans des tentes couvertes de neige, avec des températures sous zéro. A Belgrade, des réfugiés sont obligés de dormir autour d’un petit feu, sur un morceau de carton, dans un entrepôt. « Ces gens vivent dans des conditions insalubres et n’ont pas de vêtements adaptés, ils sont affamés et ne peuvent se laver » dit Vasiliki Armeniakou, coordinateur médical de MSF.

Nous nous associons au cri de détresse de ces organisations et de l’UNHCR, l’organisation d’aide aux réfugiés des Nations Unies, qui a appelé l’Union européenne et les Etats membres à réagir urgemment.

Après la Seconde Guerre Mondiale, des règles ont été élaborées pour ceux qui décident de quitter leur pays pour cause de guerre ou d’oppression. Le PTB exige le respect de ces règles, consacrées notamment par la Convention de Genève. Peut-on actuellement être encore humain ? Je pensais que les libéraux l’étaient. Ou peut-être me suis-je trompé ?

  1. Pour ou contre Dublin ?

 Lors de l’émission Terzake, Mme Rutten a reproché à Peter Mertens d’être contre le traité de Dublin. Dublin, la capitale de l’Irlande, on ne peut pas être pour ou contre. De quoi s’agit-il ?

Le traité de Dublin prévoit que l’Etat membre par lequel un réfugié entre dans l’Union européenne est compétent pour le traitement de la demande d’asile et l’accueil. Dans la pratique, cela a pour conséquence que la plupart des réfugiés sont accueillis dans les pays les plus pauvres d’Europe du sud et de l’est. Toute personne qui connaît la situation – pensons aux témoignages des bénévoles dans les centres d’accueil en Grèce et en Italie – sait que « l’accueil » est inhumain. Les mineurs sont enfermés. Les gens vivent dans des conditions épouvantables. On est loin du respect de la Convention de Genève. L’UNHCR a appelé l’Union européenne à prendre ses responsabilités. L’organisation a tweeté : « no country can do it alone, and no country can refuse to do its part ». Toutes les organisations d’aide font le même constat. Aucun pays ne peut à lui seul accueillir les réfugiés et aucun pays ne peut refuser d’assumer sa part. En termes juridiques, cela veut dire que le principe du traité de Dublin doit être aboli. En septembre 2015, je plaidais pour son abolition. On peut discuter du fait que le traité de Dublin doit être aboli ou réformé. Ce dont il est question ici, c’est que le principe du traité, qui veut que les pays situés aux frontières de l’Europe doivent accueillir la grande majorité des réfugiés, doit être aboli. Nous plaidons pour un plan de répartition. C’est dans ce sens que le traité de Dublin doit être réformé.

Le PTB n’est pas pour une politique des frontières ouvertes et pas davantage pour un « asile shopping ». Nous demandons le respect du droit d’asile et de sérieux efforts pour l’accueil des réfugiés dans toute l’Europe par le biais d’un plan de répartition. Nous sommes en faveur d’un système permanent de relocalisation et d’accueil et de l’organisation de procédures plus sures et légales. Une répartition est nécessaire parce qu’il y a actuellement une pression déraisonnable sur les pays d’Europe du sud et de l’est, avec toutes les conséquences inhumaines qui en découlent. Et oui, c’est cela qui nous préoccupe.

  1. Frontex, de quoi s’agit-il ?

Selon Mme Rutten, il ne faut pas davantage être contre Frontex. Frontex est l’agence européenne spécialisée et quasi-militaire qui a pour objectif la surveillance des frontières de Fort Europa. Son mandat a été récemment élargi à l’expulsion des réfugiés. C’est dans ce but qu’ont été mises sur pied les « Frontex Rapid Return Intervention Teams ». Frontex se prononce en faveur d’une logique militaire pour résoudre la crise des réfugiés. Cela n’aboutira qu’à davantage de tragédies dans la mer Méditerranée. Oui, nous sommes contre Frontex, de même qu’un groupement international de presque vingt ONG et des organisations de la société civile en Belgique. Elles travaillent sous la bannière « Frontexit ». Auprès d’elles vous trouverez toutes les informations sur la militarisation des frontières extérieures de l’Europe.

  1. Que propose le PTB ?

Il faut tout d’abord s’attaquer aux causes. Aussi longtemps que la guerre, l’exploitation et la misère ne cesseront pas, les gens continueront à rechercher des manières de vivre une vie plus sure et/ou meilleure. Parce que l’espoir sera toujours plus fort que la peur. Au niveau européen, notre gouvernement devrait prendre ses responsabilités en défendant les exigences ci-dessous et en ne se cachant pas derrière une politique anti-réfugiés d’autres Etats membres pour lui aussi être défaillant. Au niveau belge également, il y a du pain sur planche. Voici nos onze exigences :

S’attaquer aux causes : pour une politique active de paix

  1. Cesser le commerce d’armes vers les pays dans lesquels la guerre fait rage
  1. Assécher financièrement l’Etat islamique. Couper en priorité les flux d’argent, d’armes et de pétrole. Si on coupe l’oxygène (armes et argent), les belligérants se mettront autour de la table
  1. S’attaquer aux ressources humaines de l’Etat islamique. La force d’attraction de l’EI ne cessera que lorsque l’ingérence occidentale au Moyen-Orient prendra fin et qu’un dialogue national en Syrie et en Irak sera mis sur pied.
  1. Investir dans la diplomatie, pas dans les bombes. La Belgique et l’Union européenne peuvent peser de tout leur poids pour amener le plus rapidement possible autour de la table les belligérants, l’opposition et le gouvernement dans le cadre d’une conférence de paix régionale.

Pour une politique d’asile humaine au niveau européen.

  1. L’organisation d’un système permanent de relocalisation et d’accueil des réfugiés dans tous les pays membres de l’Union qui sont en mesure de répondre aux besoins de cette crise, tels que déterminés par l’UNHCR. Le système doit assurer la répartition sur la base d’une clé de partage qui tient compte de la démographie et de la situation économique de chaque pays.
  1. Des opérations de sauvetage et de recherche dans la mer Méditerranée. Abolition de Frontex, soutien et financement des opérations de sauvetage. Il est inacceptable que la mer Méditerranée soit la route migratoire la plus meurtrière au monde.
  1. Des procédures plus sures et légales. Des corridors humanitaires sont nécessaires, de sorte que les gens qui cherchent l’asile en Europe ne soient pas contraints de se tourner vers des trafiquants d’êtres humains et des itinéraires qui mettent leur vie en danger.
  1. Etablir une liste des pays « non surs » au lieu d’une liste des pays soi-disant surs. Les gens provenant des pays non surs pourront ainsi rapidement bénéficier d’une protection.
  1. Réforme du système Dublin. Les documents qui autorisent les réfugiés à se rendre dans leur pays de destination doivent pouvoir être délivrés rapidement.

La Convention de Genève ne doit pas devenir un vulgaire bout de papier.

Au niveau belge également, il y a du pain sur la planche.

  1. Respect du droit d’asile. La Convention de Genève ne doit pas devenir un vulgaire bout de papier. Le statut de réfugié et la procédure visant à être reconnu comme tel, doivent être intégralement respectés. Les réfugiés doivent bénéficier des mêmes droits sociaux pour lutter contre le dumping social.
  1. Il faut créer des places d’accueil en suffisance. Le démantèlement de l’accueil doit cesser. Toute personne qui veut demander l’asile doit être en mesure de le faire rapidement et dans des conditions sures et dignes.

* Voyez ici. En 2012 déjà, on pouvait néanmoins lire dans le New York Times que la plupart des armes occidentales n’étaient pas dans les mains de rebelles modérés mais bien dans celles des djihadistes. Verhofstadt a réitéré son appel à la livraison d’armes jusqu’en 2014.

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