Des visages derrière les murs du centre fermé de Bruges

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Theo Francken va encore renforcer la politique d’expulsion des réfugiés cette année et doubler la capacité d’accueil des centres fermés de Steenokkerzeel, Zaventem, Merksplas, Vottem. Derrière les murs, ce sont des gens avec un nom et un visage, souvent des familles avec enfants…

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Auteure : Riet Dhont

Le secrétaire d’État à l’Asile, Theo Francken (N-VA), était présent – une fois de plus – au journal télévisé vendredi dernier (22 janvier) pour signaler qu’en 2015, plus de 10 000 réfugiés et personnes sans papiers sont retournés dans leur pays, 4 000 personnes volontairement, les autres de force. Ces derniers étaient embarqués dans des avions depuis des centres fermés ou depuis des prisons. Derrière les murs des centres fermés, il y a des gens avec un nom, un visage, souvent des familles avec enfants.

Une famille kurde enfermée après 16 ans de présence en Belgique

Mercredi de la semaine dernière, un couple arménien et leur fils de 18 ans, Aram, était arrêté et transféré dans le centre fermé de Bruges. Kiani, la petite amie d’Aram, s’est immédiatement mise en action dans son école en faisant signer une pétition et en organisant une visite au centre fermé. « Aram est en Belgique depuis 2006. Ses parents et lui étaient  parfaitement intégrés, ils parlaient  parfaitement le néerlandais. Leur demande d’asile a été refusée. Mais nous espérions qu’ils pourraient rester chez nous jusqu’à ce qu’Aram obtienne son diplôme. »1

Cette même semaine, la police faisait irruption à 5h du matin au domicile de la famille Akcay à Bruxelles, une famille kurde de 5 enfants (3 filles et 2 garçons) qui réside en Belgique depuis 16 ans. Les filles ont entre 17 et 20 ans, toutes les trois fréquentent différentes écoles à Bruxelles. Elles sont en dernière année d’enseignement technique et professionnel, elles parlent le français parfaitement, elles sont d’excellentes élèves, comme en témoignent leurs professeurs eux-mêmes.  Ils sont originaires du Kurdistan turc, où, en ce moment, il y a des morts tous les jours (Voir encadré).2

Ils ont été arrêtés à leur domicile. La mère et un des fils logeaient chez des parents cette nuit-là, ils n’ont pas pu être arrêtés. Ils vivent maintenant cachés.

Le père et les filles sont à Bruges, le fils est à Zaventem

Le père et ses trois filles ont été incarcérés dans le centre fermé de Bruges. Le second fils a été emmené à Zaventem. Après des années de procédure pour obtenir l’asile chez nous, leur demande a été refusée. D’un coup, tout s’écroule, comme l’explique une des filles, Zozan : « Nous sommes enfermées, nous voulons aller à l’école, obtenir notre diplôme. Ma petite sœur veut devenir coiffeuse, moi je suis en dernière année d’humanités, je veux étudier le droit à l’université. L’après-midi nous pouvons voir notre père. Alors, je peux aussi téléphoner car mon père a un gsm. Nous pouvons avoir de la visite entre 13h15 et 14h45. Ici, nous ne sommes pas la seule famille avec enfants enfermée. Que pouvons-nous faire ? »

Circulaire sur l’arrestation d’écoliers renouvelée

Theo Francken commence l’année 2016 avec un plan d’intervention plus musclé contre les demandeurs d’asile en fin de procédure et des personnes sans papiers. Parmi eux, il y a des familles avec enfants scolarisés qui ont terminé leur procédure de demande d’asile sans succès. Ils sont emmenés depuis leur domicile et enfermés. Ce n’est pas par hasard que le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA) et le secrétaire d’État à l’Asile ont repris le 2 janvier une vieille circulaire de 2003 et l’ont réécrite. Cette circulaire dit que les enfants scolarisés (en dessous de 18 ans) ne peuvent pas être arrêtés pendant les heures scolaires, mais avant ou après l’école, pendant les récréations, comme la pause de midi, après une excursion…  La circulaire de 2003 n’était plus d’application depuis longtemps, mais elle a été reprise, réécrite et mise en application. Apparemment, l’application ne s’est pas fait attendre. Il est à espérer que les écoles soient mises au courant de cette circulaire pour que les enfants puissent être protégés à l’école.

Sévère mais juste ?

Theo Francken a fait une promesse à la nouvelle année : il mènerait une politique d’expulsion « sévère mais juste ». Dans la réalité, elle est souvent à la limite de l’illégalité. Le secrétaire d’État est intervenu personnellement dans la procédure des réfugiés irakiens en disant que leur pays et la capitale Bagdad sont sûrs et qu’ils pourraient donc très bien faire leurs valises et partir. Par une lettre personnelle adressée à chacun d’eux, il les encourageait à se procurer le plus vite possible un ticket de retour pour l’Irak. Où la politique sectaire et violente a fait 15 000 morts… C’est le double de nombre de morts qu’en 2013, et le plus grand nombre depuis 2007.

Les demandeurs d’asile ont reçu une lettre personnelle de Theo Francken où il leur décrit le danger qu’ils courent s’ils restent dans le pays après la clôture négative de leur dossier. Plusieurs avocats démocrates ont indiqué à Theo Francken qu’une telle intervention personnelle de la part d’un secrétaire d’État n’est pas possible dans la procédure de demande d’asile. Alexis Deswaef, le président de la Ligue des droits de l’Homme, réagissait de la même façon contre l’enfermement d’enfants. Il dénonçait aussi le fait que la gestion des retours n’était pas toujours menée selon les règles. Et le commissaire aux Droits de l’enfant Bruno Vanobbergen demandait vendredi passé, sur le plateau du journal télévisé de la VRT, qu’au minimum le séjour scolaire provisoire des enfants scolarisés serait respecté. La réponse de Theo Francken est venue immédiatement : « Cela équivaudrait à une régularisation collective. Nous ne le ferons pas. Point. »3

Il y a du travail pour protéger des familles avec enfants contre cette gestion inhumaine du retour des réfugiés. Des actions dans les écoles, dans les quartiers, les maisons de jeunes pour protéger ces enfants et leur famille méritent notre soutien.

Le Kurdistan turc n’est pas du tout sûr

Ces derniers mois, il y a tous les jours des morts dans le sud-ouest de la Turquie, le Kurdistan turc. L’accord de paix entre les Kurdes et les Turcs a été supprimé l’année passée, l’été a été fort mouvementé. L’armée turque a déclenché une grande offensive contre les activistes kurdes qui faisait, rien qu’en décembre, 261 morts. Les 3 derniers mois, 61 enfants et 73 femmes sont morts.  Ce n’étaient pas des combattants, la plupart des femmes étaient tuées alors qu’elles s’occupaient du bétail dehors, ou pendant qu’elles faisaient à manger. Renvoyer des Kurdes maintenant dans ces régions, c’est les envoyer dans la guerre.

1. De Morgen 21/01/2016 p.4 « Scool start petitie tegen uitwijzing » (une pétition dans une école contre une extradé) • 2. Knack 20/01/2016 Joanie de Rijke « In Turkije is een genocide aan de gang » (en Turquie un génocide est perpétré en ce moment) • 3. Journal télévisé de la VRT-één du  22 janvier 2016

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