Une semaine de chaos à l’Office des étrangers : et maintenant ?

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Nous commençons à le sentir : l’hiver s’installe petit à petit. Ce matin, 2 degrés, beaucoup de pluie. La VRT écrit sur son site : « Matinée chaotique à l’Office des étrangers. » Nous avons été voir sur place.

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Auteure : Riet Dhont

En effet, 600 personnes font la file, sous la pluie, en espérant qu’on va les laisser entrer. De l’autre côté de la porte, il y a aussi des dizaines de familles, avec des enfants. Tous se posent la question : pourrons-nous nous faire inscrire aujourd’hui ? « Nous avons apposé nos empreintes digitales », disent la plupart en montrant leurs pouces.

Se faire inscrire par l’Office des étrangers, telle est la première démarche, pour les demandeurs d’asile. Cela se passe chaussée d’Anvers, près de la gare du Nord, à Bruxelles. Une fois inscrites, ces personnes se voient attribuer une place de séjour dans l’un des centres d’accueil déjà surpeuplés répartis dans tout le pays. C’est un droit fondamental, écrit noir sur blanc dans la Convention de Genève : toute personne qui fuit son pays peut demander asile dès son entrée dans un pays. Toutefois, depuis des mois, ce droit est foulé aux pieds par le gouvernement belge et par son secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA).

Pas assez d’air dans la salle d’attente de plus de 250 places

Depuis août, la règle, c’est 250 demandeurs d’asile par jour maximum. Au cours des derniers mois, ce chiffre a déjà été réduit à 150 places d’accueil. Ces limitation est illégale et va à l’encontre du droit de demande d’asile. Les conséquences ne se font pas attendre : quand des demandeurs d’asile sont refusés à l’Office des étrangers, lors de leur arrivée, ils ne peuvent donc pas être inscrits et ne peuvent par conséquent pas être hébergés non plus dans un centre d’accueil. Heureusement, entre-temps, ils peuvent s’adresser au pré-accueil dans la bâtiment de WTC3, géré par la Croix-Rouge. Cela n’a été possible que grâce au combat de la plate-forme citoyenne, lors de l’occupation de la place Maximilien.

Quand des demandeurs d’asile sont refusés à l’Office des étrangers, ils reçoivent un rendez-vous pour une date ultérieure. Entre-temps, il s’est constitué une liste d’attente de plus de 2 000 demandeurs d’asile et de réfugiés, lesquels attendent un premier entretien. Le temps d’attente se prolonge désormais jusqu’au 14, voire au 16 décembre. Ce chaos est créé en premier lieu par la limitation des inscriptions à 250 par jour. C’est pourquoi le PTB, Amitié sans frontières et Vluchtelingenwerk Vlaanderen (Aide aux réfugiés – Flandre) demandent que soit mis un terme à cette limitation du nombre journalier de demandes d’asile.

Une liste d’attente de plus de 2 000 personnes, de la place pour 1 000

Plus de 2 000 réfugiés tournent donc en rond avec, sur eux, un papier et une date d’inscription. Pour le pré-accueil, ils ne peuvent s’adresser qu’au bâtiment du WTC3, où il n’y a d’ailleurs de la place que pour 1 000 personnes. Pourtant, il reste plus d’étages vides qu’on n’en utilise pour l’instant. La Croix-Rouge possède également de grandes tentes, qui servent pour les festivals ou les catastrophes naturelles. Pourquoi ne pas les utiliser afin d’assurer le pré-accueil ?

Pour l’instant, le pré-accueil est pris en main par des ONG comme Vluchtelingenwerk Vlaanderen ou Médecins sans frontières (provisoirement, sur le site de Tour & Taxis), le Père Hugo Van Geel (140 réfugiés à l’église Saint-Roch) et par des dizaines de bénévoles. C’est naturellement très bien, mais le PTB continue à exiger que le gouvernement étende le pré-accueil de telle sorte que chaque demandeur d’asile puisse avoir un toit au-dessus de lui, durant tout le temps qu’il attend son inscription. Avec l’hiver à nos portes, ce doit être une priorité.

Pas de nouveau rendez-vous, mais des intimidations policières

Ces derniers jours, notamment mercredi et jeudi derniers (25 et 26 novembre), des centaines de réfugiés ont été renvoyés dans la nature sans la moindre forme de nouveau rendez-vous. La situation à l’Office des étrangers est devenue très tendue. Il y a eu de la panique chez les gens qui ne savaient où aller. Ils ne trouvaient pas de place en pré-accueil et n’avaient aucune perspective de rendez-vous. La seule chose qu’ils pouvaient faire était de revenir tenter leur chance chaque jour. Naturellement, cela provoque des files encore plus longues, entre des barrières de contention qui sont repoussées ou renversées vu l’importance de la foule, tout le monde tire et pousse pour essayer de passer et puis il y a la police qui procède de façon très agressive, en sortant de façon musclée des gens de la file pour leur passer les menottes. Bref, en permanence, une lourde ambiance de menace et d’intimidation. Et les conséquences sont prévisibles : des enfants apeurés qui hurlent. Bref, une pagaille indescriptible.

Pour éviter ce genre de situations déplorables. Concrètement, cela signifie : ouvrir plus de locaux et embaucher plus de personnels à l’Office des étrangers. Pas seulement pour assurer le suivi des dossiers, mais aussi pour pouvoir accueillir de façon humaine les réfugiés et les demandeurs d’asile à l’entrée du bâtiment. Une bonne partie de ce travail est actuellement effectuée tant bien que mal par des bénévoles de Caritas International et de Vluchtelingenwerk Vlaanderen, qui sont présents chaque jour à l’entrée de l’Office. Eux non plus ne savent plus où donner de la tête et ils méritent un grand coup de chapeau pour leur dévouement et leur travail.

Désormais, les réfugiés afghans sont dans le collimateur de Francken

Début septembre, le secrétaire d’État Theo Francken adressait une lettre à chaque demandeur d’asile irakien, leur déconseillant de demander asile et les encourageant à plier bagage et à rentrer de nouveau chez eux. Cette fois, c’est au tour des réfugiés afghans. Eux aussi ont reçu cette lettre, après quoi Theo Francken a créé sur Facebook une page Belgian Immigration Office, dans laquelle il déconseille aux réfugiés potentiel de quitter leur pays, qui est de toute façon « sûr ». Il y a joint des photos de réfugiés afghans attendant devant l’Office des étrangers et du centre fermé de Steenokkerzeel, qui a des allures de prison.

De la sorte, les réfugiés afghans, qu’ils soient déjà ici ou qu’ils envisagent de quitter leur pays, subissent des intimidations et il leur est déconseillé de demander asile. À l’entrée de l’Office des étrangers aussi, cette discrimination est visible. Les demandeurs d’asile venus d’Afghanistan sont renvoyés dès que l’on découvre d’où ils viennent.

L’intervention personnelle du secrétaire d’État dans le déroulement de la procédure est illégale. Aussi, le PTB demande-t-il qu’il y soit mis un terme. De même qu’il convient de mettre fin à toute forme de discrimination envers des groupes de réfugiés sur base de leur origine ou parce qu’ils viendraient, paraît-il, d’un pays « sûr ».

Plus d’un an d’attente du résultat

La deuxième phase de la procédure d’asile, une fois que l’on a été inscrit par l’Office des étrangers, consiste en deux interviews, sur base desquelles on décide si le demandeur d’asile se voit accorder le statut de réfugié. Ces interviews sont réalisées par le commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA). En ce moment, ce service est empêtré dans un énorme retard dans le traitement des demandes d’asile et on s’attend à ce que ce retard augmente encore. Pour certains groupes, cela peut durer plus d’un an avant que quelqu’un se voie accorder le statut de réfugié, a déclaré le commissaire général aux réfugiés et aux apatrides, Dirk Van den Bulck, le 30 novembre dans l’émission De Ochtend sur Radio 1.

Un réfugié irakien a décrit la chose comme suit : « C’est comme si vous deviez attendre pendant un an le résultat de vos examens. La plupart des réfugiés sont des hommes, qui ont laissé derrière eux leur femme et leurs enfants, de façon à ne pas les exposer aux risques de ce pénible et dangereux voyage. Si les hommes n’obtiennent pas de toit légal, ils ne peuvent pas faire venir leur famille. Le résultat de la demande d’asile pèse donc très lourd. Ils restent une année dans l’incertitude à propos du résultat et c’est de celui-ci que dépend l’espoir de revoir rapidement leur famille. »

Entre-temps, eux aussi ont reçu une lettre de Theo Francken, leur disant qu’en cas de réponse négative, ils n’ont aucune chance de régularisation et qu’ils doivent donc quitter immédiatement le pays. Dans sa lettre, Francken n’hésite pas à utiliser des mots très crus, comme « expulsion », « déportation » et « centres fermés ».

Pour éviter cela, le CGRA devrait embaucher de nouveaux collaborateurs. Il faut les former en procédure accélérée afin de pouvoir être opérationnels dès que possible et ainsi rattraper les retards encourus.

Pour résoudre durablement le problème, voici la liste des revendications du PTB à propos de la crise des réfugiés :
Au niveau belge
1. Respect pour le droit d’asile. La Convention de Genève ne peut se muer en un vulgaire chiffon. Le statut de réfugié et la procédure de reconnaissance doivent être intégralement respectés. Les réfugiés doivent bénéficier de l’égalité des droits sociaux afin d’aller à l’encontre du dumping social.
2. Il faut créer suffisamment de places d’accueil. Toute personne désirant demander asile doit pouvoir le faire rapidement, dans la sécurité et dans des conditions humaines. L’Office des étrangers doit accroître sa capacité quotidienne bien au-dessus de 250 de sorte que, dès leur demande, les réfugiés aient droit à un soutien matériel.
Au niveau européen
3. L’organisation d’un système permanent de reclassement et d’accueil des réfugiés dans tous les pays de l’UE et dont la capacité sera proportionnelle aux besoins de cette crise, comme le stipule le UNHCR. Le système doit prévoir une distribution sur base d’une clé de répartition tenant compte du nombre d’habitants et de la situation économique de chaque pays.
4. Les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée. Suppression de Frontex et soutien et financement d’un organisme de secours d’urgence. Il est inadmissible que la Méditerranée soit devenue l’itinéraire de fuite le plus mortel de la planète.
5. Des procédures plus sûres et légales. Il est nécessaire qu’il y ait des corridors humanitaires. De sorte que les gens qui veulent demander asile en Europe ne doivent pas d’adresser à des passeurs les acheminant le long de route où ils risquent leur vie.
6. Mise au point d’une liste de pays « peu sûrs » au lieu d’une liste de pays prétendument « sûrs ». Les gens des pays dangereux pourront alors obtenir une protection plus rapide.
7. Suppression du système de Dublin. Il convient de fournir rapidement aux réfugiés des documents leur permettant de se rendre sans encombre dans leur pays de destination.

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