Calais, où les immigrés vivent dans « la jungle »

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Samedi 29 novembre, une délégation du PTB et de Comac était invitée, avec des membres d’AKEL (Parti progressiste des travailleurs, Chypre) et du Parti communiste portugais, des sections locales du Parti communiste français (PCF) Calais et Grenay, dans le Nord de la France. Thématique de la rencontre : immigration et désindustrialisation. Compte-rendu.

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Auteure : Pauline Bonni

Date : 9 Décembre 2014

Après l’accueil de Jacky Henin, ancien député européen, et ses camarades de la section de Calais du PCF, nous nous sommes rendus dans différents camps de migrants situés à quelque jets de pierre du port d’où partent les ferrys à destination de l’Angleterre. Ce sont des camps de fortunes baptisés « la Jungle » qui se trouvent dans des sous-bois ou dans et aux alentours d’anciennes usines désaffectées.

Jacky Henin : « Ils sont aujourd’hui 1 200, femmes et hommes, à transiter par Calais pour multiplier les tentatives pour rejoindre l’Angleterre, sorte de Terre Promise. » Les campements sont composés de logements de fortune, faits avec les moyens du bord pour résister au grand froid qui arrive en cette période hivernale. « Aucune grande organisation officielle ne leur vient en aide, pas même le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés puisqu’ils ne jouissent pas officiellement du statut de réfugié. Ils sont considérés comme “migrants”. Nos membres de la section du PCF de Calais s’organisent pour leur apporter vivres et couvertures, leur permettre de charger leur GSM ou encore de prendre une douche et de laver leurs vêtements. »

Traque et violences policières

« Face aux caméras, lors de la venue de Manuel Valls, alors Ministre de l’Intérieur, en 2013, les responsables locaux avaient, exceptionnellement, ouvert des locaux d’accueil pour le Plan Grand Froid. Mais en coulisses, c’est tout autre chose. La maire UMP (droite, NdlR) de Calais, Nathalie Bouchard, a lancé une véritable chasse aux immigrés, allant jusqu’à appeler la population à la délation s’ils voyaient quiconque de suspect. » Il est promis aux policiers des primes s’ils arrêtent des migrants. Avec un montant de 80 euros par immigré arrêté et envoyé en centre fermé, ils peuvent espérer gagner jusqu’à 500 euros de salaire en plus par mois. Plusieurs fois par semaine, ils descendent dans les campements dans des utilitaires banalisés et s’adonnent à une opération de rafle et de passage à tabac, semant la panique et un climat de terreur. Lors de notre visite, plusieurs personnes avaient des contusions. Une femme avait un coquard lui fermant l’œil droit. Ces blessures resteront non soignées, faute de médecin.

« L’absence de réel centre d’accueil ouvert aux migrants renvoient ceux-ci à la rue et il n’est pas rare de les croiser dans le centre-ville, sur le bord d’un trottoir. L’extrême droite calaisienne a tôt fait de s’emparer de cette situation de malaise ressentie par les habitants pour y déverser ses mots d’ordre racistes et identitaires », poursuit le responsable de la section locale du PCF.

« Aujourd’hui, le seul projet de centre d’accueil dédié aux migrants se porterait sur le centre de vacances des enfants calaisiens, sans aucune perspective de trouver un autre endroit pour ces derniers. Cette initiative de la Maire visant à monter les uns contre les autres ne fera que renforcer la colère des habitants quand une autre solution est possible. »

Frontex renforcé et frontières blindées : l’avenir européen

Afghanistan, Soudan, Syrie… La majorité des hommes et femmes présents dans les campements calaisiens fuient une guerre sanglante et dévastatrice. Guerres dans lesquelles sont impliqués ces mêmes pays européens qui traitent aujourd’hui les immigrés comme de véritables criminels. En effet, au-delà du traitement brutal infligé par les policiers locaux, la France s’est engagée dans une voie de plus en plus sécuritaire avec le renforcement des barrières le long du port (grâce à la « générosité » de la Grande-Bretagne qui a offert 15 millions d’euros) et la présence inédite de Frontex, agence militaire de surveillance des frontières européennes, dans la Région de Pas-de-Calais.

Quand la crise frappe une région

Nous nous sommes ensuite rendus dans les faubourgs de Lens, où nous avons été accueillis par le maire communiste de Grenay Christian Champiré, accompagné du principal délégué syndical CGT de l’entreprise Renaud PSA, Alain Labarre, ainsi que d’un responsable du PCF de la région Pas-de-Calais, Kamel Ben Azouz.

Ils ont expliqué le taux de chômage record, la fermeture progressive des grandes industries automobiles de la région. Chez Renaud et PSA, les syndicats dénoncent les suppressions d’emplois et les départs non remplacés, ne laissant aucune perspective d’emploi pour les jeunes de la région.

Le maire nous a expliqué comment, au niveau de sa localité, il tente de combattre l’exclusion sociale en organisant l’accueil des enfants dans les mêmes locaux que la médiathèque communale.

Pour poursuivre cet échange enrichissant sur nos actions respectives et poursuivre ensembles les luttes à venir, ils nous ont d’ores et déjà invités à leur fête annuelle qui se déroulera le WE des 16 et 17 mai à Avion pour la fête de l’Huma version ch’ti.

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